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Interview de Michel Tozzi : Il n’est jamais trop tôt pour aborder la philosophie avec un enfant

J’ai le grand plaisir de vous présenter la rubrique “Interview” du blog, une rubrique pour partager de belles rencontres, des coups de coeur, des personnes qui me touchent et qui sont, comme moi, en quête du meilleur pour nos enfants… C’est un immense honneur de lancer cette rubrique avec l’interview de Michel Tozzi.

Attention, à la fin de cette interview, votre regard sur la philosophie et sur la philosophie avec les enfants va changer…

 

Michel Tozzi, vous êtes universitaire, philosophe et précurseur de l’enseignement de la philosophie à l’école maternelle et primaire. Dans quel cadre et en quelle année avez-vous introduit “des discussions à portée philosophique” avec des enfants ?

Une institutrice, A. Lalanne, qui connaissait le travail de M. Lipman, est venue me voir à la fac de Montpellier en 1998. Nous avons mis en place un groupe de recherche avec Alain Delsol, qui faisait les comptes rendus de mon café philo à Narbonne. Je suis régulièrement allé dans son CM1, et nous avons progressivement mis en place une méthode. Dès 2000, je faisais soutenir des maîtrises et des mémoires professionnels sur la question, puis la première thèse en 2003 de Gérard Auguet, qui portait sur la « discussion philosophique à l’école primaire, un nouveau genre en voie d’institution ». Depuis, une douzaine de thèses ont été soutenues…

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Quel âge avaient les plus jeunes enfants, comment ont-ils réagi ?

J’ai suivi Alain Delsol en grande section de maternelle quand il a été titularisé. Avec une thésarde, Johanna Leroy, nous avons recueilli un corpus d’un an et demi de discussions, analysant après chaque séance le déroulement pour les améliorer la fois d’après. C’est ainsi que nous avons mis en place un président de séance, un responsable du micro, un reformulateur. On avait aussi des dessinateurs, qui écoutaient, dessinaient en fonction de ce qu’ils entendaient, et commentaient leurs dessins. A la fin, on leur demandait à chacun de dire une phrase en conclusion, et on en affichait sur la porte. Les parents les lisaient, et ils étaient très contents…

 

Quels sont les bénéfices pour l’enfant en terme de développement de la pensée et du langage et en terme de comportement citoyen ?

Si on admet la thèse actuelle du co-développement du langage et de la pensée, travailler sur le langage permet d’approfondir sa pensée, et travailler sur la pensée crée une exigence d’affiner son expression linguistique. La discussion à visée philosophique, c’est de l’oral partagé, de l’interaction sociale verbale, qui développe à la fois la maîtrise orale de la langue, et des exigences intellectuelles de questionnement, de conceptualisation et d’argumentation rationnelle.

Par ailleurs, comme le dispositif est démocratique, avec un élève président de séance qui gère la parole avec des règles, et que l’on exige une éthique discussionnelle (parler chacun à tour de rôle, ne pas couper l’autre, ni se moquer de ce qu’il dit etc.), ce fonctionnement entraîne un comportement de civilité, qui accroit la cohésion sociale d’un bien vivre ensemble…

 

Que vous ont apporté ces échanges avec les enfants ?

Beaucoup ! Un étonnement devant leurs capacités réflexives, sous-estimées par l’école. Adulte, j’ai oublié l’enfance. Ils me remettent avec naïveté et massivité devant les questions posées à la condition humaine, car arrivant dans un monde qu’ils n’ont pas choisi, tout fait pour eux question. Ils m’aident en tant que philosophe à une reprise réflexive de leurs questions de fond…

 

Est-il possible de transposer ce type de discussion dans un cadre familial ?

Oui, mais ce n’est pas facile, car nous avons plutôt l’habitude de donner à nos enfants des réponses, ne serait-ce que pour boucher l’angoisse qu’ils nous transmettent avec leur questions incessantes sur la vie et la mort… Il faut au contraire cultiver chez eux le goût du questionnement, et les accompagner dans la réflexion, sans répondre à leur place. Un parent-philosophe, ça s’éduque…

 

La pédagogie Montessori met un point d’honneur à encourager et promouvoir l’autonomie de l’enfant. En ce sens, peut-on dire que que vos “ateliers” poursuivent le même objectif et qu’ils pourraient/devraient être intégrés dans le programme des écoles Montessori, par exemple ?

Le philosopher est une démarche active pour l’enfant (s’interroger, questionner, définir, argumenter etc.) et interactive par la discussion avec ses pairs sous l’accompagnement du maître ou de l’adulte. Toute pédagogie active et coopérative facilite l’introduction de ce type de pratique, et devrait en faire un pivot de l’apprentissage, pour développer la culture de la question, par lequel le rapport au savoir prend sens.

 

Si une école ou une association souhaite mettre en place des “ateliers philosophiques”, est-ce possible ? Si oui, quelles sont les démarches à suivre ?

Pour une approche plus détaillée et opérationnelle de cette pratique, voir mon article sur : « Animer une discussion philosophique » : ( http://www.philotozzi.com/2011/03/439/ )

Pour approfondir, voir mon site gratuit : www.philotozzi.com
Et ma revue publiée par l’Education Nationale : www.educ-revues.fr/diotime/
(Tous les articles de plus de trois ans gratuitement téléchargeables).

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Michel Tozzi, Professeur émérite en sciences de l’éducation,Université Montpellier 3

Dernier ouvrage : Nouvelles pratiques philosophiques à l’école et dans la cité, Chronique sociale, 2012
Site michel Tozzi : www.philotozzi.com
Revue Diotime: www.educ-revues.fr/diotime
Café philo Narbonne: http://cafephilo.unblog.fr
Université populaire Narbonne: http://upsnarbonne.unblog.fr/
Centre de recherche (CERFEE): http://recherche.univ-montp3.fr/cerfee/
Comité Rédaction Cahiers pédagogiques:www.cahiers-pedagogiques.com/
Pour télécharger le rapport de l’Unesco,première partie sur “la philosophie à l’école primaire dans le monde” rédigée par Michel Tozzi
http://unesdoc.unesco.org/images/0015/001536/153601F.pdf